La Games for Change encourage les jeux engagés

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L’E3 c’est amusant, mais ça laisse souvent un arrière-goût de Doritos. De toute manière, cette année je n’ai pas pu suivre l’événement puisque je suis allé à Paris, assister aux conférences de la Games for Change.

Le jeu vidéo, comme nous nous efforçons de le montrer chaque jour, n’est pas qu’un loisir et possède plusieurs facettes. La Games for Change s’intéresse en particulier aux projets porteurs d’un message (informatif, éducatif, engagé…). C’est un aspect rarement mit en avant dans les AAA, et pourtant le jeu vidéo est un média particulièrement efficace pour transmettre des idées. En effet, placé au centre de l’action et portant le poids des choix de son personnage, l’utilisateur est actif et donc très réceptif. Et comme bien souvent les jeux vidéo sont divertissants, ils sont potentiellement attirants et accrocheurs pour un large public. C’est d’ailleurs là qu’excelle la Games for Change : elle ne se contente pas de serious-games doucement ennuyants et met plutôt en avant des jeux qui parviennent à intégrer efficacement leur message sans que cela ne nuise au plaisir du joueur.

La Games for Change (ou G4C pour les flemmards) c’est un organisme présent un peu partout dans le monde et qui propose des conférences annuelles, l’événement principal se déroulant à New York. Paris accueille celui de Games for Change Europe, les 15 et 16 juin pour cette année. Malgré la taille et l’influence de la structure, c’est dans une salle assez modeste du Conservatoire des Arts et Métiers que de nombreux intervenants se sont succédés pour tenir une trentaine de conférences et de tables rondes. Pour avoir plus d’informations sur tout ce beau monde (développeurs, chercheurs, artistes…) je vous invite à consulter leur profil sur le site de l’événement.

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Voici un aperçu des sujets qui ont été traités durant ces deux jours :

Alexandre Pieper du studio Fizbin (à qui l’on doit The Inner World) a présenté Game of Peace, qui n’est jouable qu’au National Museum Muenster, en Allemagne, autour d’une grande table couverte par un écran et entourée de douze tablettes tactiles. Dix d’entre elles sont destinées aux joueurs, qui incarnent chacun un représentant de différents pays européens au XVIIe siècle. Après la guerre de Trente Ans, leur but est de négocier la paix en quatre ans en s’échangeant des cartes, chacun ayant ses propres intérêts à défendre (terres, argent, religion…). Le jeu se veut facile d’accès et son objectif est, bien sur, de partager l’Histoire de la guerre de Trentre Ans, mais aussi de faire comprendre au joueur la complexité réelle des négociations politiques. Ils ont également eu la bonne idée d’ajouter une intelligence artificielle au jeu pour combler les rôles qui ne seraient pas occupés, ainsi que deux tablettes supplémentaires pour les personnes qui souhaiteraient seulement être spectateurs. Elles affichent alors une sorte de page Facebook des personnages présents dans le jeu, avec le détail de leur profil et l’historique de leurs transactions.

Le journaliste David Dufresne nous a parlé de Fort McMoney, un jeu-documentaire prenant place dans la ville canadienne de Fort McMurray, qui surplombe le plus grand gisement de sables bitumineux du monde (qui permettent d’extraire du pétrole brut). Inspiré de SimCity, c’est un jeu communautaire gratuit et en ligne qui propose aux joueurs de décider ensemble de la gestion de la ville et de l’exploitation du gisement. Agrémenté de dizaines de vidéos tournées sur place, notamment des interviews des habitants de la ville, le rôle du joueur est également d’explorer et de mener ses recherches parmi les informations récoltées par David Dufresne. Les décisions des joueurs se prennent via des référendums pour lesquels ils sont invités à discuter et à débattre. Le jeu s’étale sur trois semaines (du monde réel), et il recommence chaque mois.

Le projet SARA (Stylized Animations for Research on Autism) est mené par The Institute of Animation en Allemagne, et c’est Diana Arellano qui s’est déplacée pour en parler. Les personnes atteintes d’autisme ont parfois des difficultés à lire les expressions faciales des personnes en face d’eux, notamment à cause du trop grand nombre de détails sur lesquels ils peuvent se focaliser. Le but du projet est d’étudier ce comportement à l’aide d’un outil d’animation 3D, Frapper, qui permet de générer des visages et de contrôler leur niveau de détails.

Ce sont trois exemples de ce qui a été abordé lors des conférences, mais le sujet était très ouvert et nous avons pu discuter de sensibilisation, de politique, d’écologie, d’éducation, de santé ou encore d’Histoire. Des jeux au format plus classique ont également été présentés, comme Never Alone et Soldats Inconnus.

Il y avait relativement peu de personnes pour assister à l’événement, à peine une centaine sur les deux jours, en comptant tous les intervenants. Cela a permis aux conférences de devenir des échanges plutôt qu’un discours à sens unique, puisqu’il était possible pour chacun de poser des questions et donner son avis entre les présentations. J’ai même participé à une mini Game Jam, où l’on a dû en moins d’une heure et à quatre imaginer une variante au Monopoly, que l’on a ensuite exposé aux autres groupes. La Games for Change permet à des personnes travaillant de près ou de loin dans le jeu vidéo de partager leur expérience et de contribuer à l’évolution du média.

Pourtant, je pense qu’elle pourrait être encore plus que ça. En s’ouvrant davantage au public, par exemple en retransmettant les conférences en direct, elle pourrait faire évoluer la vision des jeux vidéo chez les joueurs et plus seulement par le biais des développeurs. Elle peut encourager des étudiants, faire naître des vocations et informer les joueurs du monde entier  qui pourront être plus réceptifs aux messages que délivrent leurs jeux. Ce n’est pas que mon fol optimisme qui parle : j’étais accompagné durant ces deux jours par un ami qui, tout en aimant les jeux vidéo, n’a pas pour habitude de s’intéresser à son actualité, et il a été tout aussi passionné que moi par ce que nous a proposé la Games for Change. En d’autres termes, je pense qu’elle pourrait s’étendre davantage encore et accélérer son impact sur l’industrie vidéoludique, qui est déjà très positif.

En tout cas, soyez assuré que l’on vous tiendra au courant à l’arrivée de la prochaine édition. En plus, c’est gratuit.

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