Viridis

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Sous l’influence du somptueux Farming Simulator, vous avez senti croître en vous une vocation d’agriculteur. Vous avez voulu être de ceux qui chérissent la terre, qui savent lui parler et qui n’ont de cesse de la travailler pour en récolter les fruits et nourrir cette grande communauté qu’est l’humanité ? Bon, c’est aussi une vocation qui impose de se lever tôt et de cuire dans son tracteur pendant les moissons. Et ça ne laisse pas beaucoup de temps pour se faire des petites parties de jeux vidéo qui vont bien. Alors vous avez été raisonnables et vous avez remisé vos rêves dans le grand coffre des désirs contrariés. Mais réjouissez-vous, Viridis va vous permettre de gérer votre ferme, et d’une manière originale.

Pour commencer, je vais continuer mon oeuvre éducative : après vous avoir appris le fonctionnement de la conductance cutanée, je m’en viens vous parler de la spiruline. Qu’est-ce donc ? Rien de moins qu’un aliment bactérien issu d’Arthrospira, un genre de cyanobactérie qui se développe dans des eaux chaudes et qui était déjà utilisée par les Incas. De nos jours, la spiruline est utilisée comme complément alimentaire grâce au grand nombre de vitamines, minéraux, oligo-éléments et acides gras essentiels qu’elle contient. Par ailleurs, le fort rendement des cultures d’Arthrospira les rendent très intéressantes puisqu’un seul hectare produit 9 tonnes par an, alors que le rendement du blé ou du soja sur une même superficie n’excède pas la tonne.

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Maintenant que votre esprit est repu de tant de sagesse et de savoir, vous devez vous demander pourquoi vous vous retrouvez à lire un article sur des micro-algues comestibles sur Indius. C’est très simple : la spiruline est au coeur de Viridis, un jeu qui se révèle assez atypique au regard de ce que nous pouvons majoritairement présenter dans nos articles. Plus que la création d’un studio, Viridis se trouve être l’oeuvre d’un regroupement de collectifs et d’organismes : sa conception trouve son origine dans le duo Art-Act regroupant les artistes Gaspard et Sandra Bébié-Valérian, mais le game design est assuré par Thibaut Trampont d’Events for Games (que vous devez finir par connaître, puisque nous en avons parlé pour l’Indie Games Play 2 et le salon Pix & Tech). La production est assurée par Oudeis, association se concentrant sur l’expérimentation de nouvelles manières de produire de l’art en tenant compte de l’interconnexion qui régit notre sociétéAADN et Labomédia, deux associations oeuvrant à la création de passerelles entre art et technologie, participent également à la co-production. Notons également l’investissement dans ce projet de l’Union Européenne par le biais du programme FEDER, mais aussi de la Direction Régionale aux Affaires Culturelles du Languedoc-Roussillon ainsi que du Conseil régional Languedoc-Roussillon. Ça fait beaucoup de monde, mais cela permet de rappeler un fait trop souvent oublié : le jeu vidéo n’est pas que l’affaire des studios, et des artistes ou des organismes publics peuvent également y apporter une certaine vision qui est loin d’être inintéressante (souvenez-vous de notre test d’inSynch).

Mais penchons-nous plutôt sur ce que propose Viridis. Tout d’abord, sachez qu’il ne faudra pas hésiter bien longtemps avant d’y jouer puisque l’expérience est éphémère : la date de lancement est prévue pour le 16 juin 2014, mais le jeu ne restera ouvert que jusqu’au mois d’octobre. En fait, c’est la période de culture de l’Arthrospira à laquelle Viridis vous propose de prendre part d’une manière un peu particulière. Si vous n’êtes pas de nature particulièrement démocratique, autant vous dire tout de suite que le jeu ne sera pas fait pour vous. Mais commençons par le commencement, voulez-vous ?

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Dans un avenir indéterminé, mais passablement morne et lugubre, une catastrophe a causé l’apparition d’une brume toxique qui s’est peu à peu répandue sur le monde. Seule la spiruline, connue sous le nom de « Viridis », permet aux survivants d’être immunisés contre les effets de cette brume. L’histoire commence alors que le joueur, incarnant un « enfant du monde d’après », a pour mission de créer une nouvelle colonie et plus précisément la ferme de Viridis autour de laquelle elle s’organisera. Il lui faudra donc explorer et réunir suffisamment de matériaux pour avancer. La progression permet d’engranger des points d’expérience qui peuvent ensuite être réinvestis dans le développement de la ferme.

Vous vous demandiez pourquoi je parlais de nature démocratique ? Eh bien parce que la ferme de Viridis existe réellement dans les Cévennes et reproduit les conditions rencontrées au cours du jeu. Et le développement de cette ferme ne sera pas lié à l’avis d’un seul, mais de plusieurs joueurs qui prendront des décisions collectives pour faire évoluer ce centre de production. Leurs choix seront répercutés dans la réalité par les artistes présents sur place : quelle taille devra faire le bassin où se développeront les algues ? Quel mode de brassage ? Quelle luminosité ? Tout ceci est entre vos mains, et celles des autres joueurs. Ne vous inquiétez pas si vous n’y connaissez rien en culture des algues, le Guru, un fermier expérimenté, vous servira de mentor au cours du jeu et vous transmettra les connaissances nécessaires à la prise de décision.

Concept éphémère mais néanmoins accrocheur, il va être intéressant d’observer quel genre d’interactions vont émerger de Viridis et où elles mèneront la ferme des Cévennes. Une partie de la rédaction compte participer au jeu et développement de la ferme et nous vous invitons à nous rejoindre : nous vous attendons sur le sujet dédié sur notre forum, où nous pourrons échanger et nous concerter sur la prise de décision, afin de montrer que la communauté Indius domine les Internet ! Le jeu se déroulera sur ce site. Si vous souhaitez vous tenir au courant, le compte Twitter vous tend les bras.

On raconte que les membres de la secte Indius ne sortent que les soirs de pleine Lune pour dévorer l'âme des gens qui mettent encore un S à jeux vidéo.