Yrminsul

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Je suis un être généreux. J’ai par exemple pris sur mon modeste pécule pour participer à la campagne de financement Indiegogo d’Yrminsul, ce qui m’a permis d’essayer la version de démonstration gentiment offerte par BlackFlag Studio à tous les backers. Comme nous avons également eu l’occasion de rencontrer les développeurs à l’Indie Games Play #2, nous en profitons pour faire d’une pierre, deux coups et vous concocter un petit aperçu pas piqué des hannetons.

Pour ceux qui auraient raté notre article publié à l’occasion du lancement de la campagne Indiegogo – ou qui ont préféré commenter sur le grand Vasil Levski plutôt que sur le jeu – Yrminsul est un jeu souhaitant mêler des phases de tower-defense avec d’autres de stratégie, de manière à varier les plaisirs et surtout rompre la monotonie qui peut s’installer après plusieurs niveaux d’affilée. Et concrètement, qu’est-ce que ça donne ?

Tout d’abord, cela permet de se faire une idée sur la narration utilisée pour présenter l’histoire. Le choix de la bande dessinée fonctionne plutôt bien, et est en adéquation avec l’univers souhaité par les créateurs du jeu. Comme Victoire me l’a fait remarquer, le style graphique n’est pas sans rappeler celui qui donne vie au monde de Gorillaz, c’est plutôt intéressant et contribue à l’aspect décalé de la narration. Celle-ci repose notamment sur un duo composé par Leth et Nors. Le premier est à la fois le protagoniste et le grand méchant du jeu, dont le but est de corrompre l’univers entier, tandis que le second est un pirate qui semble avoir réussi à contrer Leth en le capturant dans son propre corps puis en s’emprisonnant au fin fond d’une grotte oubliée. Enfin, oubliée jusqu’au jour où un groupe d’aventuriers parvient à retrouver cette prison et à libérer Nors, sans savoir que cet acte libérerait un mal depuis longtemps oublié. Leth peut ainsi prendre le contrôle du corps de l’infortuné pirate et en faire son nouvel instrument de conquête du monde.

L’idée est bonne et on perçoit le potentiel de ce duo, mais malheureusement,  ça manque un peu d’humour à mon goût. Je suis peut-être mal placé pour juger, j’ai un humour plutôt particulier – coucou la rédac ! – et je n’étais peut-être pas était suffisamment réactif aux blagues, je n’exclus aucune possibilité. Cela étant, Adrien, qui représentait Black Flag à l’Indie Games Play, nous a confié noter scrupuleusement les critiques négatives faites à l’encore d’Yrminsul pour les inclure dans les dialogues du jeu. Et pour le coup, c’est vraiment marrant.

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La conquête du monde n’attendant pas, Leth nous invite rapidement à suivre un tutoriel très complet, introduisant le joueur aux mécaniques des phases de tower-defense­, puis à l’utilisation de la carte qui sert de hub stratégique entre chaque combat. Tout est très clair, si bien qu’on ne peut s’en prendre qu’à nous-mêmes si on bloque dans le jeu – comme moi, oui, langues de vipères. On en profitera juste pour remarquer l’interface qui n’est pas très sexy, mais rien de bien grave. Profitons-en pour expliquer tout ce que cette carte permet de faire, ça nous évitera d’y revenir. Premièrement, c’est ici que se lancent les attaques sur les territoires ennemis : toute île adverse adjacente à l’une de vos possessions est susceptible d’être attaquée et conquise. Cela permet d’envoyer Leth corrompre l’arbre de l’île en question, pendant que vous serez chargés de défendre votre propre territoire d’une contre-offensive adverse. C’est également sur l’écran de carte qu’il est possible d’acheter des améliorations, moyennant des points d’infamies, pour les tours et les pouvoirs utilisables sur le terrain, répartis en quatre grandes familles : Mort pour les dégâts magiques, Guerre pour les dégâts physiques, Famine pour les débuffs et Peste pour l’empoisonnement. Il est également possible de récupérer des graines de l’arbre Yrminsul pour augmenter la puissance d’une de ces familles et bénéficier d’un avantage sur les ennemis.

Une fois choisie la malheureuse victime de vos intentions belliqueuses, le jeu nous amène sur l’écran permettant d’avoir un aperçu des troupes de nos adversaires ainsi que de leurs statistiques afin de nous aider à définir au mieux les tours et les pouvoirs que nous utiliserons au cours de l’affrontement. Car en effet, Leth a beau être un seigneur du Mal ultra-balèze, nous n’avons droit de sélectionner que quatre tours et trois pouvoirs pour faire face aux vagues d’ennemis qui refusent de reconnaître que le Mal, c’est bien. Il est par conséquent nécessaire de choisir judicieusement ce qui sera le plus utile pour la bataille, sous peine de se faire rétamer méchamment par une bande de trolls qui n’ont pas grand-chose à faire des quinze tours à dégâts physiques qui égayent leur chemin.

Sur les batailles en elles-mêmes, il n’y pas grand-chose à dire, vous savez tous à quoi ressemble un tower-defense : on étudie le chemin emprunté par les ennemis, on pose ses tours sur des emplacements prédéfinis, on récolte les points d’infamie laissés par les morts, on les utilise pour poser d’autres tours ou améliorer celles déjà existantes, et ce jusqu’à l’épuisement des vagues ennemies. Remarquons simplement que les tours de débuff et d’empoisonnement n’ont guère d’utilité pour le moment à cause d’un problème d’équilibrage, mais Black Flag nous assure que ce souci sera résolu dans la version finale.

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Il nous reste maintenant à nous intéresser à ce qui fait la spécificité d’Yrminsul, à savoir son aspect stratégique. Celui-ci apporte une profondeur bienvenue dans ce genre de jeu, de deux manières. Quelques paragraphes plus haut, j’évoquais la collecte d’infamie, celle-ci permettant non seulement d’acheter et d’améliorer les tours sur le terrain, mais également d’acheter les améliorations sur l’écran de carte. En réalité, il est nécessaire de savoir gérer intelligemment ses réserves d’infamies, pour éviter par exemple d’arriver sur une nouvelle île sans avoir la possibilité de disposer suffisamment de tours avant l’arrivée des ennemis, ce qui complique grandement la défense de ses territoires. Fort heureusement, il est possible de faire passer le temps sur l’écran de carte afin de remplir les stocks d’infamie – le nombre de points gagnés par jour, ainsi que la capacité maximale des réserves dépendant du nombre d’îles possédées. Cependant, il faut savoir que plus nous attendons que notre infamie remonte, plus le risque que l’ennemi – au hasard, les bouffeurs de salade – lance une croisade pour reprendre un territoire vous appartenant augmente. Black Flag a réussi à créer une synergie intéressante entre la gestion de l’infamie et celle du temps, obligeant le joueur à procéder à des arbitrages parfois difficiles entre deux solutions possibles dans une seule situation. Et attention, le jeu ne pardonne pas les erreurs de stratégie, et il est assez facile de perdre une île durement conquise.

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Dans tout ceci, on peut regretter des textures dont la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, gâchant légèrement le rendu des niveaux qui sont par ailleurs plutôt jolis et très variés. Ceci explique d’ailleurs l’absence de zoom puisque, selon le propre aveu d’Adrien, Black Flag n’a pas trop envie que les joueurs puissent voir de trop près certaines textures honteuses. Toutefois, cela n’enlève rien aux qualités du jeu qui bénéficie d’un gameplay vraiment très profond. Vous le verrez dans la description des ennemis, les interactions entre eux sont assez poussées pour un jeu de ce genre : si lors de la mort d’un chef gobelin, celui-ci transmet sa couronne à un gobelin à lunettes, le pauvre malheureux se fera assassiner par ses congénères ne supportant pas d’être dirigés par quelqu’un de plus intelligent qu’eux. Genius.

Même si j’attends la version finale et les rééquilibrages pour émettre un jugement définitif, je suis assez optimiste, d’autant plus que Black Flag semble avoir de l’ambition pour l’univers d’Yrminsul, ce qui laisse entrevoir de bonnes choses pour la suite. Pour les petits détails habituels, je rappelle à nos lecteurs qu’une campagne Indiegogo est toujours en cours, de même qu’un Thunderclap et un vote Greenlight. Également, pour ceux qui seraient intéressés, le studio recherche d’heureux propriétaires de PC tournant sous Linux pour tester la version idoine, donc n’hésitez pas à vous manifester.

Impressions

Impressions Yrminsul : Bon Bon

Yrminsul, dans son état actuel, ne manque pas de potentiel. En effet, il propose un aspect stratégique relativement développé et qui apporte une profondeur très plaisante au gameplay en forçant le joueur à effectuer des choix. Même s'il peine à être au niveau sur certains points comme ses graphismes parfois décevants, ces petits défauts auront vite fait de disparaître d'ici la version finale et on peut attendre du bon de la part de Black Flag.

On raconte que les membres de la secte Indius ne sortent que les soirs de pleine Lune pour dévorer l'âme des gens qui mettent encore un S à jeux vidéo.