Darkest Dungeon

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Fort d’une campagne de financement plus que réussie (400% de l’objectif initial), le sombre Darkest Dungeon se fait quelque peu attendre. Les messes noires à l’effigie du RPG/rogue-like de Red Hook se multipliant, les développeurs furent contraints de sortir une version en Accès Anticipé sur Steam. On allume sa torche et on serre les fesses, il est temps de voir ce que ce Darkest Dungeon a dans le ventre.

 

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Noir c’est noir

D’entrée, le joueur est prévenu. On n’est même pas encore arrivé au menu principal que le jeu nous met en garde. Si vous espérez passer du bon temps et prendre du plaisir sur Darkest Dungeon, faites directement demi-tour. C’est sombre, c’est humide et ça pue : bienvenue dans les entrailles d’un univers gothique à mi-chemin entre l’univers horrifique de Lovecraft, les jeux de rôle et la sueur d’une après-midi à la Fistinière. Tout ça est sublimé par un style graphique qui m’a personnellement rappelé les dessins de Mike Mignola, accompagné d’animations vraiment chouettes à regarder et d’un narrateur au ton grave mais malheureusement trop anecdotique. Grosse ambiance, donc. Le principe du jeu en lui-même est assez simple. Il faut gérer une équipe d’aventuriers fraichement débarquée en ville, et la faire descendre dans un coupe-gorge afin d’amasser (ou pas) des richesses. Rien de bien intéressant dans le scénario en lui-même. Par contre, l’idée d’un rogue-like sied parfaitement au pitch, la boucle de jeu alternant entre les phases de gestion en ville (amélioration des héros, préparation de l’équipe) et l’exploration des donjons, beaucoup plus directe. Au fil de l’aventure, le village offrira davantage de possibilités et poussera le joueur à exploiter chaque bâtiment pour organiser au mieux ses aventures. Un seul bâtiment est accessible au début de la partie, mais d’autres comme la Taverne, l’Armurerie ou l’Église s’avèreront très utiles une fois débloqués. Malheureusement, on ne passera pas son temps à se bourrer la gueule en ville. Pour la faire évoluer, il faut visiter le donjon.

 

La mort vous va si bien

Et là encore, c’est pas l’extase. J’ai rarement vu un rogue-like si méchant avec le joueur. Et je ne déconne pas : la première fois, je suis mort au tutorial. Non content de ne faire preuve d’aucune tendresse à notre égard, Darkest Dungeon peut être une véritable punition. Première étape : recruter des mercenaires, en prenant soin d’analyser leurs capacités et de se projeter en combat avec eux. La planification, c’est la clé. Une fois notre équipe de quatre héros composée et équipée d’un minimum de matériel acheté au marchand du coin (partir en expédition sans torche, bandages ou nourriture relève du suicide), on se retrouve face à une carte très simple, entièrement faite de cases. L’écran de jeu se divise en deux parties distinctes et contrôlables à la souris, l’une représentant vos quatre aventuriers et leurs actions directes (combats et découvertes d’objets principalement) et l’autre la gestion indirecte, telle que l’inventaire, les statistiques ou la carte. C’est à ce moment précis qu’on se heurte tête la première à l’un des piliers centraux du gameplay : les choix. Différentes salles composent les donjons, et sont connectées par des couloirs renfermant… on ne sait trop quoi. Combats, objets, trésors ou pièges… c’est un peu la roulette russe. On ne sait jamais ce qui va nous tomber dessus, et une partie de Darkest Dungeon peut susciter autant de joie que de souffrance chez le joueur. Pire encore, le jeu peut prendre un malin plaisir à vous balancer entre les deux extrêmes d’une salle à une autre. Un « Chouette, une partie qui démarre bien ! » a de fortes chances de devenir un « J’en ai marre, j’abandonne » quand tout s’enchaîne et que l’on est obligé de regarder les personnages se faire massacrer un par un. Certains aiment ça, mais la fessée a du mal à passer chez d’autres joueurs qui ont constamment l’impression de se faire entuber.

 

Un (gros) grain de folie

Mais pourtant, c’est précisément là que Darkest Dungeon excelle. La profondeur et la cohérence de l’univers partent avant tout de l’aspect humain des personnages que l’on suit. Ici, ils partent dans un donjon mais sont comme tout le monde : ils ont peur et dépendent d’une jauge de Stress, presque plus importante que la barre de vie. Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans un lieu, la lumière et la nourriture se font de plus en plus rares et menacent le groupe de combattants. Les torches constituent d’ailleurs un pan de gameplay à part entière. En effet, les héros se sentiront rassurés s’il y a trop de lumière, mais découvriront davantage d’objets si celle-ci s’estompe. Cette mécanique donne des situations de jeu intéressantes et invite à prendre des risques qui, rassurez-vous, se solderont très souvent par un échec. Mais c’est ce qu’on aime dans Darkest Dungeon. Les personnages chouinent, se plaignent, se félicitent et s’insultent. Ils sont vivants, ils sont humains. C’est leur réalisme qui rend le jeu si compliqué, puisqu’un rien peut faire basculer l’issue d’un combat en quelques secondes. Prenez un coup critique, votre équipe se retrouve démoralisée. Exécutez un monstre, elle retrouvera le sourire. Parfois, lorsque qu’un personnage est trop stressé, il prend peur et évite le combat. Il peut aussi refuser les soins, se faire volontairement frapper par les ennemis ou insulter ses alliés pour les déstabiliser. Note surprenante, certains traits de personnalité font qu’une certaine classe bénéficie d’un boost en cas de stress. Cette variété des situations et la complémentarité des personnages (mélangez un claustrophobe avec un fou pour des résultats inattendus) rapproche le joueur de ses avatars et rend les parties encore plus haletantes. Mais quoi qu’il en soit, vous finirez toujours par mourir. Soyez-en certains.

Impressions

Impressions Darkest Dungeon : Très Bon Très Bon

Déjà bien complet dans sa version actuelle, Darkest Dungeon est un rogue-like dont on n'a pas fini d'entendre parler. Injuste, méchant mais jamais déplaisant, il offre un challenge corsé basé sur un aspect rarement exploité dans les jeux du genre : la folie. On ne peut que vous conseiller de découvrir ce mélange original, bien que quelques soucis d'ergonomie mineurs sont encore à déplorer. Les développeurs expliquent vouloir profiter de la fin du développement pour ajouter des classes, des donjons et équilibrer le tout, main dans la main avec les joueurs. Si vous aimez prendre la fessée, vous n'avez donc aucune excuse. Foncez l'acheter, et vivement les traductions en français.

Dans la vie, je m'ennuie. Du coup, j'écris des bêtises sur des jeux qui n'intéressent personne. Pour suivre mes aventures, ça se passe sur Twitter. Tu peux boire mes paroles, mais évite de t'étouffer.