Retour sur le Retro No Future Games Festival

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Bon, ok, ce résumé du Retro No Future Games Festival arrive carrément en retard… Mais bon, j’ai des circonstances atténuantes : je suis parti en vacances et entre temps, j’ai une vie professionnelle malheureusement (ou heureusement, c’est selon) assez chargée. Mais chose promise, chose due ! Voici donc un dossier compilant les diverses choses que j’ai pu voir dans ce festival, les développeurs que j’ai réussi à interviewer et les jeux que j’ai pu tester. Accrochez-vous, c’est long mais passionnant.

 

Elshopo

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Lors de ma déambulation, j’ai pu rencontrer deux membres du collectif Elshopo, Roman Miletitch et Jérémie Cortialof (qui tient beaucoup à sa petite particule « of », un souvenir de l’URSS selon lui). Ces deux énergumènes présentaient un prototype d’une installation « techno-primitive » appelé Flippaper. Derrière ce nom étrange ce cache un concept original : un flipper interactif où vous devez dessiner au feutre votre propre parcours, pour ensuite y jouer. À l’aide de couleurs différentes, disposant de fonctions variées (accélération, bump, mur…), vous pouvez gribouiller n’importe quoi sur votre feuille, d’un dessin quelconque jusqu’au parcours complexe d’un vrai flipper. Un soft se chargera ensuite d’interpréter votre œuvre en logique informatique pour que la boule du flipper puisque réagir correctement aux différents tracés.

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Jérémie Cortialof et Roman Miletitch

J’ai pu tester la bête et c’est vrai que c’est assez fun, le soft programmé par Roman réagit assez bien au dessin, même si la boule garde quelques bugs de physique. N’oublions pas que Flippaper est toujours en beta et que la version finale, qui sera distribuée en logiciel libre avec des instructions pour créer son propre Flippaper, est prévue pour 2014.

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Cette création s’inscrit dans la logique du collectif Elshopo (groupement d’artistes spécialisés à la base dans la sérigraphie), qui entend à travers leurs diverses installations, rester original dans leurs concepts, tout en étant très ouvert au public, grâce à une interactivité simple mais réfléchie. Vous pouvez d’ailleurs aller jeter un œil sur le site de Elshopo et découvrir leurs projets.

 

RetroGame64

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La culture rétro étant le mot d’ordre du festival, un espace dédié aux jeux rétro était présent, animé par l’association RetroGame64. Ce repaire mal famé était tenu par une bande de hippies mal rasés originaires du pays basque (Bayonne), essayant le soir de gruger des bières aux pauvres jeunes de l’ENSEA. Le pire d’entre eux, un dénommé Romain Layre-Cassou (au passage, président de l’asso) m’a accueilli afin de me relater leurs diverses prise de guerres en matière de console (Jaguar, SNES et autres) et autres coups de force à travers le pays (organisations de séances de « jeu vidéo sauvage » en pleine ville).

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Assez bien foutu, leur espace permettait de pouvoir se renseigner sur l’histoire du rétro-gaming à travers les âges, via une rétrospective imprimée sur des panneaux géants. J’ai ainsi pu apprendre que le tout premier jeu vidéo de l’histoire n’était pas comme je le pensais SpaceWars (sorti en 1962), mais Tennis for Two, sorti en 1958 et fonctionnant sur un oscilloscope. D’ailleurs en écrivant cet article j’ai également appris que Tennis for Two n’est finalement pas le premier jeu de l’histoire puisqu’un certain OXO, un tic-tac-toe développé sur EDSAC, était déjà sorti en 1952.

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C’est donc un fail pour ce panneau

Après s’être cultivationé bien comme il faut, on pouvait ensuite s’adonner à plusieurs jeux rétro sur des consoles cultes telles que GameCube, NES ou encore Atari 2600. Parmi ces jeux se trouvaient de véritables perles comme Pac-Man Vs, se jouant à 4 joueurs dont trois incarnant les fantômes sur GameCube et un dernier sur GameBoy Advance, jouant le Pac-Man. On pouvait aussi découvrir Steel Battalion, une simulation ultra-réaliste de robot de combat, sorti en 2002 sur Xbox, muni de ses propres contrôleurs. Rendez-vous compte du bordel : 40 boutons, deux joysticks et une plate-forme avec 3 pédales, tout ça pour piloter un robot style MechWarrior. Très fun à plusieurs pour que chacun se concentre sur un aspect du pilotage, beaucoup plus frustrant et punitif tout seul.

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Le jeu Steel Battalion

En somme, un super espace rétro qui avait l’avantage d’être animé par des joyeux drilles à l’écoute et toujours prêts à expliquer quelque chose sur le jeu vidéo ou à se foutre de votre manque de skill pendant que vous vous faisiez traîner dans la boue sur Steel Battalion. N’hésitez pas à aller faire un tour le site de RetroGame64, vous pourrez y trouver des dossiers sur le rétro-gaming et des dates sur leurs prochaines expos et tournois.

 

Salle de jeux collaboratifs

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Marre des prototypes de jeux expérimentaux développés par des hipsters fous ? Un espace collaboratif avait été mis en place avec une vingtaine d’ordinateurs, où l’on pouvait s’essayer à quelques jeux indies. Animé par l’association ENSE’Arena (étudiants de l’école ENSEA de Cergy), j’ai été accueilli par Nicolas Belouin qui m’a expliqué le principe de cet espace. On pouvait ainsi jouer librement mais aussi se réunir pour réaliser des objectifs propres à chaque jeu. Pour Minecraft par exemple, il était possible de participer à la construction d’un sphinx.

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Si cet objectif s’est finalement soldé par une belle réussite, on ne peut pas en dire autant de Kerbal Space Program, dans lequel les joueurs devaient s’unir pour développer un engin pouvant décoller. Le dernier jeu à l’honneur était Dungeon Defenders, le célèbre tower-defense-RPG, où l’objectif était de parvenir au niveau 10 sans mourir. Un espace rafraîchissant ou l’on pouvait rencontrer toutes sortes de gens, du petit gosse à fond sur Minecraft, jusqu’au père de famille grisonnant, intrigué par son epic-fail sur KSP.

 

Djtal Humain

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Au cours de mes pérégrinations dans ce festival insolite, j’ai eu l’occasion de rencontrer un personnage pour le moins étrange, dans une salle sombre munie d’un écran géant, remplie d’instruments colorés à bandes réfléchissantes. Après le traditionnel « Je viens en paix », je m’approche de cet humanoïde, qui à ma grande surprise connaissait le langage humain. Affublé d’une chemise à fleurs style Magnum, d’un chapeau de cow-boy et d’une paire de lunettes de soleil fashion, ce bipède mystique m’explique qu’en réalité, il est bien humain mais a subi de nombreuses évolutions et transformations. Retiré de la société il y a bien longtemps, il a traversé l’espace digital afin de devenir un transhumain bio-énergétique relié au Cosmos et aux mondes parallèles : le Djtal Humain (prononcez « Didjital »). Revenu sur Terre après quelques sauts quantiques, il décide de faire partager ses découvertes et ses pouvoirs mentaux, qui permettent de guérir les blessures psychiques, renforce, provoque ou attire les sentiments d’affections, de considérations et d’Amour Total et enfin réveille le capital émotionnel propre à chacun.

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Le Djtal Humain

Afin de partager ses connaissances, le Djtal Humain s’installe à Lyon en 2012, se coupe du monde plusieurs jours et invente le premier Djtalizeur de l’histoire de l’humanité, un concentré de technologie permettant aux humains de se faire djtaliser et ainsi d’accéder à une expérimentation supérieure du corps et de l’esprit. Djtal Humain m’explique alors que ce djtalizeur est justement cette pièce avec cet écran géant et tous ces jouets bizarres et me propose une séance de djtalization, que je m’empresse d’accepter… Aujourd’hui encore, j’en subi les (bonnes) conséquences.

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Le djtalizeur, avec de la lumière

C’est une expérience qui malheureusement pour vous, chers lecteurs, se vit mais se décrit très difficilement. En gros, il s’agit d’une caméra qui nous filme et renvoie le tout à un programme qui se charge de réinterpréter la vidéo, avec un effet fractal. Notre silhouette sera affiché en noir, tandis que toute les endroits comprenant une matière réfléchissante sera affichée en couleur, d’où les jouets étranges et l’énorme rideau réfléchissant entre nous et la camera.

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Des humains, en train de se faire djtaliser

C’était en tout cas une belle expérience, un peu comme si vous aviez un retour sonore en musique, sauf que là, vous l’avez en visuel. On a vraiment l’impression d’incarner un personnage sous acides dans un jeu vidéo de danse, évoluant en direct au gré d’un univers coloré sans cesse changeant. Je vous invite d’ailleurs à regarder quelques vidéos de ce djtalizeur et d’aller jeter un œil sur le site de Djtal Humain, vous y trouverez quelques infos sympas et même la possibilité de se faire djtaliser à domicile ! Voici un petit aperçu en vidéo qui montre les coulisses du djtalizeur :

 

No Future Contest

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Le Retro No Future Games Festival, c’était aussi l’occasion de pouvoir jouer aux jeux sélectionnés lors du concours No Future Contest, dont nous avions déjà parlé plusieurs fois sur Indius. Rappelons tout de même que le thème était « le travail » et que les développeurs avaient un mois pour créer un jeu avec quelques contraintes précises. Les 15 jeux du concours étaient donc réunis dans un espace dédié et carrément montés sur bornes d’arcades, avec joysticks et boutons à l’ancienne. Tous les jeux présents disposaient chacun d’une identité particulière et abordaient toutes sortes de concepts, que ce soit dans la technique artistique utilisée ou dans la manière de voir le monde à travers un jeu.

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Le Big Boss de cet espace n’était autre que Pierre Corbinais, administrateur de l’Oujevipo, ce blog qui nous fait découvrir depuis quelques années déjà des petites merveilles vidéo-ludiques issues la plupart du temps de games jams. Un personnage fort sympathique portant la souris d’ordinateur en guise de cravate, qui semble très concerné par ce qu’il fait et qui attache une grande valeur à la « création sous contrainte », qui selon lui permet d’ouvrir son esprit plus largement et d’oser des choses inédites.

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Pierre Corbinais en train d’éduquer la jeunesse

Durant tout le festival, le public pouvait voter pour son petit coup de cœur personnel et c’est finalement Everyday I’m working de Remy Sohier (heureuse coïncidence, un Cergyssois !) qui a remporté le prix du public. Le prix du jury quant à lui est revenu à Journalière de Mason Lindroth. Le prix homebrew a été automatiquement attribué à Vamos a la playa señor Zorro (Nintendo DS) de l’équipe Ouiche Lorraine, puisque c’était le seul jeu de sa catégorie. Une mention spéciale a également été accordée à 12$ de la Team Éwè. Vous pourrez aussi retrouver et tester tous ces jeux à partir du site retronofuture.fr

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Le jury et Remy Sohier (à droite), le vainqueur du prix du public

 

 

Le Ring

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Le point chaud de ce festival prenait place dans une grande salle où une scène avait été spécialement montée, avec projecteurs, écran géant, enceintes puissantes, bref, la grande classe. Tout au long des deux jours, plusieurs ateliers et animations ont eu lieu comme des parties multijoueurs de jeux divers (quelques-uns du No Future Contest, comme 12$), présentés par des élèves de l’EISTI, une école d’ingénieurs de Cergy et One Life Remains, un collectif de développeurs et d’organisateurs d’événements autour du jeu vidéo.

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Le jeu Gigantomachie, un « vs fighting » à 12 joueurs

On pouvait aussi assister à quelques débats sur l’évolution du jeu vidéo dans l’inconscient collectif ou écouter des interviews de développeurs présents au festival, tout cela animé par Radio Campus Paris (redif disponible ici) et Oxyradio.

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Débat sur Radio Campus Paris avec Xavier Girard et Remy Sohier

Il y avait également des batailles de pixel-art avec Yassine (le créateur de l’affiche du festival) et Florent Deloison, un moment assez drôle durant lequel le public était invité à deviner ce que dessinait les artistes.

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Florent Deloison et Yassine en plein fight

Et le dimanche soir il y avait quelques DJ chiptune (Musique de Merde et Princesse Connard) prêts à nous faire vibrer avec leurs ondes 8bits. Certains (Meneo) mixaient même avec 2bits, voyez plutôt cette vidéo édifiante :

Remy Sohier

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Ce festival était rempli de toutes sortes de personnages plus fous les uns que les autres, mais surtout passionnants dans leur démarche. C’était le cas de Remy Sohier, un « développeur-chercheur en jeu vidéo » qui prépare actuellement une thèse sur la virtualisation de l’expérience vécue par une interactivité sensible… Tout un programme. Derrière cette appellation en apparence chaotique, se cache une réflexion tout à fait intéressante, à savoir le développement du rapport entre les sensations du corps et les images d’un jeu vidéo.

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Le jeu Everyday I’m working

Remy insiste sur le fait qu’un jeu doit non seulement divertir mais aussi créer de réelles sensations pour le joueur, qu’elles soient visuelles, sonores ou même musculaires. Un parfait exemple de cette philosophie peut être trouvée dans son jeu Everyday I’m working, spécialement développé pour le No Future Contest, que je vous invite à tester sur le site de Remy Sohier, dans lequel vous pourrez aussi retrouver d’autres jeux.

 

Florent Deloison

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Florent n’est non pas un artiste-peintre, mais un artiste-développeur puisqu’après avoir fait une fac d’arts plastiques et être passé par l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, il se tourne vers le développement de jeux vidéo. Ses œuvres sont pour le moins originales, en témoignent ses créations présentes sur le festival : Hommage à New York (voir le mouvement des Nouveaux Réalistes), un casse-brique dans lequel les briques sont des bouts de codes du jeu. Ainsi, en jouant quelques minutes, on finit irrémédiablement par détruire le jeu lui-même et arriver à une sorte de Game Over forcé.

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Le jeu Hommage à New York

Toujours dans le même champ lexical du BTP, La Rhétorique peut casser des Briques est un Tetris où le joueur doit utiliser des commandes vocales afin de diriger les pièces. La subtilité, c’est que des tournures de phrase différentes des classiques « gauche » ou « droite » peuvent être utilisées, on peut ainsi faire bouger les pièces en prononçant « socialiste » , « Margaret Thatcher » (paix à son âme) ou encore « do a barrel roll » (que je vous conseille de taper dans Google), tout cela grâce à un vieux téléphone à cadran en guise de micro. On voit donc que Florent aime confronter le passé avec le présent et mixer la réalité et le virtuel, afin créer de véritables expériences vidéo-ludiques pour le joueur.

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Le jeu La Rhétorique peut casser des Briques

Sa dernière création va d’ailleurs encore plus loin, puisqu’il s’agit de jouer à des jeux vidéo olympiques… avec des vrais hamsters. L’exposition s’appelle « Quand les hamsters régnaient sur la Terre » et ça se passera du 15 novembre au 23 décembre à l’espace Visages du Monde, à Cergy. Si vous n’êtes pas sur Paris, vous pouvez toujours aller jeter un œil au blog de Florent Deloison, qui est rempli de ce genre de projets délirants !

 

Il y a beaucoup de choses dont j’aurais aimé vous parler mais il y avait justement tellement de choses à découvrir et de personnes avec qui discuter, que je n’ai pas pu rencontrer ou voir en détails l’intégralité du festival. Parlons tout de même rapidement du 3ème étage, customisé façon Minecraft avec des dizaines de cartons empilés, dans lequel toute une tripotée de développeurs étaient présents, comme l’association Klondike, qui avaient apporté un Oculus Rift et développé un jeu (Cosmic Forest) spécialement pour ce dispositif (que j’ai pu enfin tester, merci Klondike !). J’aurais aussi voulu rencontrer Djeff Regottaz, pour lui poser des questions sur ses prototypes de jeux étranges comme ce Pong à 5 joueurs, mais aussi parler avec les FARC, ces constructeurs de bornes d’arcades fabriquées à l’aide de palettes de bois, qui ornaient tous les coins du festival… Tellement de choses et si peu de temps.

Je vous laisse avec quelques photos de cet événement hors du commun et je remercie Henri Morawski (assistant de production à Visages du Monde) pour son accueil et sa disponibilité, ainsi que Xavier Girard (responsable Arts Numériques à Visages du Monde) pour m’avoir accordé un peu de son temps précieux afin de m’expliquer deux ou trois choses sur ce magnifique rassemblement… Et aussi Romain de RetroGame64 et sa bande de clampins, pour les barres de rires bières-carré-pintes-rond-triangle. À bientôt j’espère, pour la deuxième édition de ce festival !

Je mange casual, je chie arcade, je dors indé.