Shiness, un J-RPG français

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« I do not fear death, I only fear that my rage will one day fade. »

Depuis le temps qu’on l’attendait, celui-là ! C’est lors de la convention lilloise Digital Fantaisies que je suis tombé par le plus grand des hasards sur l’équipe française du projet Shiness. Je m’attendais à un simple petit rassemblement local mais, conseillé par Olivier de Seaven Studio, je me suis approché du stand qu’occupait Shiness et là… ce fut la claque. Même s’il s’agit d’un genre de jeu auquel je ne suis pas vraiment attaché, et que je ne suis pas un grand habitué des mangas, je n’ai pu m’empêcher de tomber sous le charme de ce projet français sorti de nulle part. J’ai pris mon courage à deux mains et suis parti à la rencontre des cerveaux du projet. Samir Rebib et Hazem Hawash ont de suite répondu favorablement et m’ont accordé une bonne heure de leur temps pour parler de leur projet, un J-RPG aux inspirations très manga. Résumé d’une interview aussi riche qu’intéressante.

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Shiness, qu’est-ce que c’est ? Sur le papier, il s’agit d’un jeu de rôle/aventure où l’on suit l’histoire de Chado et ses compagnons. Celui-ci évoluait autrefois sur la planète Mahera, où de nombreuses espèces vivaient en harmonie, toutes étant liées par un fluide énergétique nommé Shi. Malheureusement, les différentes communautés perdirent le contrôle du Shi, ce qui engendra une guerre sans précédent entre les multiples races originaires de Mahera. Le coeur de la planète n’y résista pas, et Mahera fut divisée en Meteoras, des sortes d’îles volantes séparées sur lesquelles vivent aujourd’hui Humains, Waki et Sheiks. Les trois groupes ont reconstruit un semblant de civilisation indépendamment. Et c’est dans ce cadre de destruction et de séparation que Chado part à la recherche de son ami Poky, mais il s’apercevra bien vite que sa destinée est toute autre…

Un pitch assez classique, mais la recherche et le travail de fond impressionnent. On ne voit que très rarement des jeux vidéo dotés d’un tel scénario et pour cause, Shiness est plus qu’un jeu vidéo. C’est la synergie du scénario et du jeu qui impressionne. Shiness est un projet sur lequel travaille Samir depuis qu’il a neuf ans. Il en avait alors fait une bande dessinée, inspirée de classiques comme Dragon Ball Z et Naruto et rencontrait un certain succès sur son blog personnel. Mais c’est véritablement lorsqu’il rencontre Hazem, qui travaillait à l’époque en tant que développeur web, que tout s’accélère. Hazem y voit un potentiel énorme et s’investit considérablement dans le projet, jusqu’à quitter son propre travail pour bosser à plein temps sur Shiness. Ils étaient alors deux et souhaitaient faire de Shiness un jeu à part entière, ce qu’ils entreprendront très rapidement, armés de leur seule passion et d’un financement potentiellement semblable à l’argent de poche que te donne ta grand-mère pour les fêtes de fin d’année.

Un tel courage aura payé, puisque Shiness a attiré de plus en plus de monde. Les portes s’ouvraient pour le duo, qui fut rapidement dépassé par les événements et décida de se laisser porter par ce succès. Un stand de plusieurs dizaines de PC leur a été gracieusement offert par LDLC lors du Toulouse Game Show 2013, ils ont pu par la suite intégrer la Pleine Image dans la région lilloise et de gros sites d’actualité ainsi que de célèbres personnalités (Christophe Héral par exemple) se sont intéressés au projet. Tout est allé très vite, et la machine du studio Enigami était déjà lancée. Leur credo : raconter des histoires et faire vivre au joueur des aventures hors-norme.

Shiness est donc décrit comme une création à la croisée du manga shonen et du jeu vidéo. On y explore des environnements luxuriants, remplis de secrets à découvrir tout le long de l’aventure. D’ailleurs, si vous avez déjà regardé la vidéo, peut-être avez-vous déjà remarqué quelque chose. On ne comprend rien des dialogues. La raison est toute simple : le monde de Shiness a son propre langage élaboré avec l’aide de véritables linguistes, le but étant là-aussi de donner à l’univers une patte singulière et charmante. Les personnages seront doublés par une dizaine d’acteurs désireux de donner vie au monde divisé de Mahera. Bien entendu, puisque tout cela n’est déjà pas suffisamment impressionnant, une BD sera disponible et apportera un complément d’informations non négligeable. L’équipe Enigami souhaite créer un réel lien entre le jeu et l’histoire Shiness, en dissimulant dans les deux créations de multiples références. On retrouvera dans la BD des références aux quêtes du jeu et des personnages connus, mais l’histoire sera tout à fait différente.

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Hazem m’a montré divers extraits vidéos ainsi que des démonstrations techniques d’environnement, et j’en suis resté bouche bée. J’ai mis plusieurs minutes à découvrir le secret d’une impressionnante cité bâtie sur… vous le découvrirez en jeu. Toute cette histoire, c’est bien beau, mais si je veux un backgound touffu et une histoire charmante, pas la peine de lire Indius, je vais à la bibliothèque la plus proche. Aussi, fortement décidés à développer autant l’aspect narratif que le gameplay, les développeurs m’ont également laissé découvrir le potentiel de leur création directement en jeu.

La partie jouable de Shiness, si je puis dire, est directement inspirée de classiques comme Zelda et Final Fantasy. Le joueur évolue dans un monde ouvert parsemé de monstres et énigmes en tous genres. Dans le cadre de la quête principale, on peut être confronté à des situations de jeu radicalement différentes. L’intention principale de Enigami à ce propos était de s’éloigner des sentiers rigides du jeu de rôle occidental, où cueillir 37 fleurs pour le marchand du coin et tuer 53 ours sont des activités courantes. Les quêtes peuvent être résolues de différentes manières grâce aux différents personnages recrutés durant l’aventure. En effet, chacun d’entre eux dispose d’une capacité spéciale unique qu’il faudra apprendre à manier. Ainsi, le héros Chado peut par exemple faire apparaître un rocher sur son dos qu’il pourra ensuite disposer sur des balances pour activer des mécanismes et débloquer des passages. Grâce à un autre personnage, il est parfaitement envisageable de faire léviter ce rocher pour le poser à un endroit auparavant inaccessible. Si on pousse le délire encore plus loin, on peut même mettre un personnage sur le rocher, le faire léviter grâce à un autre et utiliser le pouvoir du personnage sur le rocher pour ouvrir la voie. L’interactivité et la réflexion sont des maîtres-mot dans le monde de Shiness, et la force du gameplay réside dans le mélange des différents éléments.

Le rendu graphique de l’Unreal Engine impressionne.

Cette complémentarité se ressent aussi dans les combats, Shiness ne contenant aucune arme. Pas de pistolet, d’épée ou de bouclier, tout se fait grâce au Shi. Le système de combat mêle les phases de tour par tour de Final Fantasy au dynamisme occidental, par le biais d’une caméra 3D et d’une liberté de mouvement quasi-totale. Une aura colorée délimite la zone de combat et dicte l’élément dominant afin de faire gagner le combattant en efficacité s’il utilise, par exemple, le feu ou l’eau au moment opportun. Le reste de l’équipe ne restera cependant pas les bras croisés, puisqu’ils pourront aussi intervenir et compléter les pouvoirs du combattant principal pour le rendre plus puissant. Il faudra jouer sur la diversité des pouvoirs et un bon timing pour avoir raison de l’impressionnant bestiaire imaginé par Samir. L’évolution de chaque personnage est également à prendre en compte.

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Autre point qu’il peut être intéressant de soulever, l’histoire aura, comme vous l’imaginez, une place primordiale dans le jeu Shiness. Pas de farming, mais beaucoup de quêtes, qui dépendront de vos agissements, des quêtes déjà résolues et de votre avancée dans l’aventure. Tout cela sera sublimé par un système de réputation inspiré de ce qui se fait dans Fable ou Mass Effect, avec des dialogues à réponses multiples.

Shiness a tout pour plaire et semble déjà bien parti, à seulement quelques heures de sa mise en ligne sur Kickstarter. Il s’agit là d’un projet solide dont la crédibilité s’est forgée au fil du temps, et qui réunit aujourd’hui près de trente personnes motivées et passionnées. N’hésitez pas à aller jeter un coup d’oeil sur la campagne de financement ainsi que sur le site officiel du jeu, dont le premier chapitre intitulé « Le Royaume Etincelant » est attendu pour 2015 sur PC et Mac.

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