Le Secret des Poulpes de l’Espace

Il y a des gens comme ça, qui ont une idée un jour et la font grandir en attendant d’avoir les moyens de la concrétiser quelques années plus tard. Fusty Game, composé de cinq bénévoles, rentre dans cette catégorie avec son Secret des Poulpes de l’Espace, né en 2006 dans l’esprit d’un jeune lycéen sans réelle expérience dans la conception de jeux vidéo avant d’entrer en phase de développement en fin d’année 2011 pour donner naissance à ce jeu que nous vous proposons de découvrir maintenant.

Screen 2 Le jeu débute par une classique histoire d’enlèvement de la totalité de l’humanité par une forme de vie extraterrestre et hostile, cherchant probablement à rivaliser de méchanceté avec leurs homologues de Day of the Tentacle. Dans toute cette pagaille, nous incarnons un petit bonhomme sobrement appelé « P’tit Gars » qui n’est pas sans rappeler Andy de Heart of Darkness par sa situation mais également par son ingéniosité : alors qu’il parvient à sortir de sa cellule, il atterrit parmi un tas d’ordures et de déchets grâce auquel il parvient à se fabriquer un robot nommé T.O.D. – acronyme logique de Tas d’Ordures et de Déchets – qui lui servira de monture à travers le monde des poulpes et accessoirement de moyen pour réduire ces derniers au silence. Le reste de l’histoire est totalement foutraque, bien que la raison qui motive les poulpes à enlever les humains puisse être considérée comme glauque par certains – ce qui est assumé par le studio. La narration est très fluide, puisqu’à l’instar de nombreuses productions actuelles, l’histoire et le contexte sont distillés au fil des niveaux, à travers les dialogues entre les poulpes, les messages diffusés par les haut-parleurs ou les panneaux publicitaires qui parsèment les niveaux. Nous citions quelques lignes plus haut Day of the Tentacle, mais Le Secret des Poulpes de l’Espace est l’héritier spirituel de cette mouvance vidéoludique résolument bâtie sur l’omniprésence de l’humour, et ça marche. Le jeu est rempli de dialogues faisant référence à la culture geek et populaire – Le Seigneur des Anneaux, Scott Pilgrim, Chuck Norris… – qui nous font sourire à chaque fois. En guise de dénouement, les développeurs proposent deux fins possibles en fonction de l’accomplissement d’un certain objectif, et inutile de dire que l’une d’elles est plus que surprenante.

Le succès de votre cavale repose donc sur T.O.D., son sens de l’humour, ses poings et sa conscience aigüe de l’environnement qui le pousse à recycler les matériaux croisés sur la route. En effet, le jeu propose un système de créations de « box » aux fonctionnalités différentes en fonction du matériau utilisé : box collante, box explosive, box lumineuse, juke box… Les possibilités sont importantes tant pour la progression que dans les combats contre les poulpes. Trop d’ennemis pour vous ? Jetez une juke box pour les distraire – et peut-être même les rickroll par la même occasion – et passer sans dommage. Aucun ravin ne sera un obstacle pour vous grâce aux hoverbox, et ainsi de suite. Mais ce n’est pas tout, puisque le gameplay est fortement influencé par le moteur physique très poussé – pour une équipe entièrement amatrice – du Secret des Poulpes de l’Espace. Si ce moteur offre un jeu très dynamique – on court, saute, frappe sans aucun ralentissement et de manière très fluide – il est possible d’en tirer certains avantages, en frappant des ennemis afin de les précipiter dans des gouffres ou encore de les envoyer sur un groupe de leurs congénères. Attention cependant, puisque la physique s’applique aussi au T.O.D. qui peut glisser et tomber dans un ravin ou encore prendre trop d’élan dans une pente glissante et finir sa course dans un mur d’une manière qui peut lui être fatale. On subit parfois quelques morts stupides, mais le tout a été maîtrisé par l’équipe et ça se voit.

Screen 5

Forts de ces capacités, nous parcourons donc différents niveaux du monde des poulpes et un premier constat s’impose rapidement : c’est vert, très vert même. Choix délibéré des graphistes, cela permet de nous faire sentir facilement que ce monde est toxique et corrompu par la pollution de la civilisation céphalopode. Mais le tout reste chatoyant et « joyeux », dans l’esprit du jeu. Cela nous permet de profiter de l’exploration des niveaux, d’autant plus qu’on peut y passer un certain temps. Si le chemin pour la sortie est fléché pour les plus pressés, les autres pourront se perdre dans les méandres de ces zones labyrinthiques pour en trouver tous les objets cachés, ainsi que tuer suffisamment de poulpes pour atteindre le niveau maximum de recherche et débloquer le mode « contre la montre » de chacun des mondes traversés. Il est donc plutôt plaisant de constater que ces niveaux non-linéaires ont été savamment conçus pour faire cohabiter deux visions pourtant antagonistes du jeu vidéo, entre speedrunner et accro du 100%. La 3D est toutefois suffisamment soignée pour que nous ayons envie de contempler les détails des différents arrières-plans et nous faire regretter de traverser le jeu en coup de vent. Pour ceux qui souhaitent un ordre d’idée, les graphismes correspondent à ceux d’un bon jeu du début de la période PS2, ce qui est vraiment honorable et apporte une véritable personnalité au reste du jeu.

Pour couronner le tout, un effort vraiment appréciable a été porté sur l’ambiance sonore du Secret des Poulpes de l’Espace. Sur la musique en premier lieu. Ambiance science-fiction/aventure spatiale oblige, nous avons droit à de la musique électronique de très bonne facture. Très atmosphérique pour accompagner les phases d’exploration et les combats contre la base de l’armée poulpe sans accaparer l’attention du joueur, elle prend de l’ampleur durant les combats plus importants : le tempo s’accélère, les instruments saturent pour aboutir à des ambiances proches de celle des morceaux de Pendulum afin de mettre l’accent sur le potentiel de tension de ces moments-là. Mais encore plus appréciable est la présence des voix au sein du jeu : aucun des personnages croisés n’est muet – à l’exception du P’tit Gars qui ne dit pas un mot de l’aventure. Les poulpes nous provoquent de leurs voix nasillardes, les mégaphones nous crachent leurs messages… Même les humains que l’on « rencontre » au cours de l’aventure disposent de lignes de dialogue entièrement doublées. Le cas est suffisamment rare dans le jeu indépendant pour être signalé, et le fait qu’une équipe qui se définit elle-même comme débutante ait fait cet effort ne peut être qu’applaudi, surtout que la qualité est au rendez-vous.

Screen 4

Le Secret des Poulpes de l’Espace étant téléchargeable gratuitement sur le site de Fusty Game, nous ne saurions que trop vous conseiller de vous jeter dessus et de faire un don à l’équipe pour soutenir d’éventuels futurs développements, leur travail le mérite largement.

L'avis de la Rédac

8

Pour une équipe qui se définit comme débutante et sans expérience de développement de jeux vidéo, Le Secret des Poulpes de l'Espace est un beau premier essai. A en croire leur site, Fusty Game avait un certain nombre d'ambitions sans toutefois chercher à faire dans la démesure et ça leur a réussi, puisqu'ils nous livrent ici un jeu prenant, drôle et attachant, qui promet de bonnes choses pour le futur. Un jeu à connaître et une équipe à suivre donc, histoire de ne pas avoir un train de retard sur leur développement.

Les Plus Les Moins
  • Style cartoon réussi
  • Système de "box"
  • Contrôles exigeants sans être punitif
  • Humour omniprésent
  • Un peu court
On raconte que les membres de la secte Indius ne sortent que les soirs de pleine Lune pour dévorer l'âme des gens qui mettent encore un S à jeux vidéo.