Lethis – Path of Progress

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Caesar. Pharaon. Zeus. Ces noms, ce sont un peu les madeleines de Proust du gamer des années 90. Des heures passées à construire des villes, ériger des pyramides et vénérer les dieux antiques, ça laisse des marques. Alors quand l’équipe de bretons de Triskell Interactive a présenté en janvier dernier Lethis – Path of Progress, enfant spirituel des jeux Impressions Games, on était tout émoustillé. Aujourd’hui, on a enfin pu y jouer et il est temps de voir si la madeleine a toujours le même goût.

 

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Steampunk is not dead

Lethis est un univers original, nous emmenant au cœur d’un empire qui vit sa révolution industrielle. On y incarne différents urbanistes au service de l’empereur, ayant pour mission de bâtir de nouvelles villes pour loger tout le petit peuple qui pense y trouver fortune. Si l’on est d’abord content de (enfin) quitter l’antiquité, on est surtout ravi de plonger dans un univers steampunk qui a l’air bien construit. Celui-ci est servi par des graphismes dessinés de très belle facture.

Les animations des bâtiments sont vivantes et on prend plaisir à cliquer sur les différents personnages qui parcourent la ville juste pour admirer leur portrait en pied. En plus, tous ont une version masculine et féminine. Si on ajoute à ça les couleurs et la musique, l’ambiance qui en ressort est fortement joviale. Un peu trop peut-être, surtout quand on voit le visage tout souriant des familles immigrantes qui viennent s’installer dans des tentes de fortune sur un terrain vague. Mais cela reste un détail car le côté steampunk est lui très bien mis en avant avec des bâtiments au style victorien, des montgolfières commerciales et bien sûr de la vapeur, ressource importante pour le développement de la ville. En plus d’alimenter les mines, la vapeur est essentielle pour faire évoluer les maisons bourgeoises notamment grâce aux Automatons, sorte de robots servant les riches à la place de la plèbe.

On en arrive ici au premier problème de gameplay du jeu. Le côté steampunk n’ajoute en fait pas grand chose et ce qui aurait sans doute dû être le cœur du gameplay n’en est qu’une partie comme une autre. La vapeur et les Automatons sont traités comme de simples ressources et hormis une présence visuelle sympa (l’usine de vapeur est assez imposante), ça n’apporte malheureusement pas grand chose.

 

Du réchauffé à la vapeur

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Lethis – Path of Progress est clairement un jeu Impression Games à la mode steampunk. Il reprend les codes et les mécaniques de gameplay qui ont fait le charme des Pharaon et autres Zeus. On y retrouve des habitations ouvrières qui évoluent sur dix niveaux, depuis la tente jusqu’à l’immeuble, en fonction des services et ressources qu’on leur fournit et des habitations bourgeoises qui demandent, elles, des services et des ressources différents et surtout plus chers. Ils reprennent toutefois une mauvaise habitude d’Impression Games, à savoir celle de ne pas intégrer une intelligence artificielle aux différents piétons qui parcourent donc la ville de façon aléatoire. Du coup, pour s’assurer qu’ils passent là où on a besoin d’eux, il faut recourir à des barrages routiers qui vont fleurir un peu partout dans la ville. Pas très pratique.

Les villes de Lethis finissent vite par se ressembler, les quartiers rectangulaires étant optimaux pour avoir un grand nombre d’habitations au niveau 10, en veillant à ce que tous les axes sortants soient bien bloqués. C’est dommage, d’autant qu’ils n’existent que peu de bâtiments spéciaux capables de s’intégrer à la ville sans générer un malus d’attrait. Quatre monuments peuvent toutefois être construits : l’Observatoire, la Serre Impériale, l’Exposition Universelle et le Hangar à Zeppelin. Ces bâtiments mettent beaucoup de temps à être construits et coûtent chers mais ils impressionnent, surtout le Hangar à Zeppelin qui est immense.

Alors oui, Lethis – Path of Progress est plus qu’inspiré par les jeux d’Impression Games et d’un côté, cette touche nostalgique fait plaisir mais, même si l’on pardonne de retrouver les défauts de ses prédécesseurs, la sauce ne prend pas. Parce que le vrai problème de Lethis, c’est son manque de relief.

 

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Ça manque de relief

Du relief il en manque et malheureusement pas qu’au niveau des cartes qui, bien que très grandes, sont absolument plates. Si l’on regrette la présence de montagnes ou même de collines pour pimenter la construction de nos villes, on regrette encore plus l’absence de challenge. Les seules choses que vous devez avoir à l’œil sont la maintenance et votre trésorerie. Si vous passez en négatif, l’Empereur vous réprimandera gentiment et vous filera une petite rallonge mais recommencez et c’est fin de la partie. L’empire de Lethis est moins sympa que l’Union Européenne… Hormis ça, vous êtes tranquilles. Si vous construisez assez rapidement une Mairie, mettez en place des percepteurs et ouvrez des routes commerciales d’exportation, vous devriez vous en sortir sans problème. Malheureusement, sans autre difficulté, on risque de s’ennuyer assez rapidement.

Chez ses ancêtres, la religion et la guerre tiennent une place essentielle et offrent du dynamisme en plus de la gestion basique de la ville. Si la religion est difficilement envisageable dans un univers de révolution industrielle (quoi que), la guerre y est aussi absente. Pourtant, le monde de Lethis, avec son empire et sa technologie, aurait pu donner lieu à un gameplay militaire intéressant et c’est dommage. Jamais l’empereur n’enverra ses troupes si votre réputation tombe au plus bas ou que vous faites n’importe quoi.

Même la lutte des classes, aspect promis dès la présentation en janvier dernier, n’est pas présente, bourgeois et ouvriers vivant en parfaite harmonie. Là encore, l’univers et l’époque s’y prêtent complètement et auraient pu proposer un challenge plus important dans la gestion de la ville. Sur ce point, les développeurs ont annoncé travailler sur l’implantation de révolte ouvrière, l’espoir est donc permis.

L'avis de la Rédac

7

Ce premier jeu du studio Triskell Interactive est un bel hommage à Impression Games, très agréable à jouer. Pourtant, malgré un style graphique très soigné et un univers original, force est de constater un certain manque de profondeur qui empêche le jeu d'arriver au niveau de ses ancêtres.

Les Plus Les Moins
  • Un univers steampunk original
  • Des graphismes excellents façon dessin animé
  • La nostalgie des jeux Impression Games
  • Peu d'innovation par rapports à ses prédécesseurs
  • Un manque de profondeur
  • Des soucis de cohérence
Grand maitre ès correction et gardien du Bescherelle. Même Kip me craint.