Mini Metro

Si je vous dis métro, vous me répondez retards, strapontins cassés, odeurs indéchiffrables, chaleur étouffante et pervers sexuels de tout bords. Difficile d’imaginer, avec de telles images mentales, que les gars du Dinosaur Polo Club soient parvenus à traiter ce thème avec efficacité, élégance, et simplicité. Et pourtant. Venez, enjambons ensemble le tourniquet et découvrons de station en station ce que Mini Metro a dans le ventre.

 

RATP Simulator

D’abord prototype pour la Ludum Dare 26 répondant au nom de Mind The Gap, Mini Metro sort une première fois sous forme de pré-alpha gratuite en septembre 2013. Disponible en Early Access sur Steam à partir du mois d’août 2014, ce n’est que début novembre 2015 qu’il parait enfin en version définitive, auréolé de nombreuses récompenses. De ces longs mois de gestation résulte un jeu de gestion minimaliste, plaçant le joueur à la tête du réseau métropolitain de plusieurs grandes villes du globe.

Le postulat de départ est très simple : trois stations, représentées par des symboles différents, doivent être reliées entre elles par des lignes de métro. Les passagers étant représentés par ces mêmes icônes (en plus petit), qui indiquent également leur destination, il s’agit de s’assurer que l’ensemble du réseau soit correctement desservi afin que chaque usager parvienne à destination, le game over intervenant lorsque trop de voyageurs restent bloqués en gare. Disposant de trois lignes de métro en début de partie, il est aisé d’interconnecter les trois stations de départ. C’est ensuite que les choses se gâtent avec l’apparition aléatoire de nouvelles stations sur la carte, toujours plus nombreuses, de semaine en semaine. Heureusement, chaque lundi, une nouvelle rame viendra grossir votre réseau et il vous sera proposé de choisir entre deux améliorations. Vaut-il mieux privilégier l’ouverture d’une nouvelle ligne afin de desservir plus rapidement certaines stations ou, au contraire, opter pour un wagon supplémentaire afin de désengorger un quai bondé ? Autant de mécaniques très simples, mais pas simplistes, qui font de Mini Metro un jeu très addictif.

Avec sa propension pour l’aléatoire et sans autre objectif que celui de faire mieux que la fois précédente, on enchaîne avec plaisir des parties, globalement assez courtes. Car s’il faut compter une bonne dizaine de minutes pour voir apparaître les premières grosses difficultés en avance rapide, le jeu laisse le joueur prendre son temps s’il le souhaite avec un déroulement normal bien plus tranquille. Un système de pause « active » permet aussi au joueur de figer le temps pour réorganiser son réseau sans craindre de tout foutre en l’air ou alors, pourquoi pas, pour tout raser et repartir sur des bases éventuellement plus saines, le jeu s’axant sur la gestion logistique, passant à l’as toute logique financière. Une fonction bien pratique lorsqu’en fin de partie, le jeu devient bien plus nerveux avec de très nombreuses stations à desservir, d’inextricables nœuds de correspondance et un flux d’usagers toujours plus important.

 

Métro, très beau, boulot

La première chose qui frappe au lancement de Mini Metro, c’est son esthétique. Si la volonté première des développeurs était de rendre hommage à Harry Beck, auteur du premier plan schématique du métro de Londres, c’est surtout le travail de Massimo Vignelli sur la signalétique de celui de New York qu’évoque la direction artistique du titre, jusque dans la police utilisée, identique à celle du subway new-yorkais. Du blanc, des lignes de couleurs franches, des formes géométriques, tout est épuré, simple et beau. Mais là encore, des graphismes minimalistes ne sont pas pour autant synonyme de facilité ou de paresse. L’interface est subtilement animée, sans aucun temps de chargement (l’ensemble du jeu semble se dérouler sur le même écran, la caméra glissant d’un plan à l’autre) et les icônes sont claires et lisibles. Il s’en dégage un sentiment de douceur constant, de légèreté ; l’impression qu’à aucun moment le joueur n’a à se plier à la technique du jeu. Un crédo finalement en accord avec les mécaniques simples du titre, ainsi qu’avec sa bande-son.

Réalisée par Disasterpiece, notamment compositeur sur Fez, elle est au diapason de l’ensemble du jeu. Constituée principalement de nappes synthétiques assez ternes et répétitives, ce sont les sons produits par les différents évènements de la partie qui viennent émailler l’espace sonore. Arrivée en gare d’un train, départ, voyageurs s’impatientant ou apparition d’une nouvelle station, autant de notes venant jouer une partition aléatoire, inédite, propre à la partie en cours. Là encore, un travail sonore qui semblait basique et simpliste à la première écoute, se révèle après plusieurs parties comme un époustouflant travail de sound design, tantôt créant des instants hors du temps, tantôt vous rappelant à vos devoirs envers vos usagers.

 

Attention ! Ne mets pas tes mains sur ce jeu, tu risques…

…d’y passer des heures. Car si à ce stade de ce test Mini Metro peut encore faire penser à un petit jeu apéritif bien ficelé, il est bien plus fourni qu’il n’y parait. Diverses améliorations viennent pimenter la partie, et une douzaine de villes sont disponibles, chacune apportant leur petite variation à la recette de base. De Osaka avec ses lignes rapides Shinkansen, à São Paulo et ses stations surpeuplées, chacune représente un petit défi lancé au joueur. Un mode sans fin et un mode extrême viennent compléter le choix offert au joueur : détente contemplative ou véritable challenge, ou un peu des deux. Et c’est là la grande force de Mini Metro. Le jeu s’offre au joueur sans retenue, sans freins, sans pré-requis à l’amusement. En n’allant qu’à l’essentiel dans ses mécaniques, notamment en se passant d’une composante financière, Mini Metro offre un gameplay simple et accessible à tous. Il n’est pourtant pas dépourvu de subtilités, ce qui saura attirer le joueur occasionnel comme l’amateur de gestion, et sa direction artistique dépouillée invite autant à la contemplation des formes et des mouvements qu’à la parfaite compréhension des enjeux logistiques. Mini Metro réussit à faire d’un transport en commun qui pue la pisse l’une des meilleures sorties indé de cette année.

L'avis de la Rédac

8

Les développeurs du Dinosaur Polo Club sont parvenus à appliquer à toutes les facettes du développement de Mini Metro l'aphorisme de Nolan : "easy to learn, difficult to master". Mini Metro parait simple dans ses graphismes, ses mécaniques ou sa bande-son, mais cache en réalité une profondeur insoupçonnée. Loin de s’arrêter là, les auteurs sont parvenus à produire un jeu aimable, poli, courtois avec le joueur, une sorte de gentleman numérique. Jamais Mini Metro ne vous agressera avec un pop-up malvenu, un contrôle mal pensé ou une difficulté inattendue. Ce jeu transpire la générosité.

Les Plus Les Moins
  • Une direction artistique épatante
  • La finition générale
  • Des modes Nuit et Daltonien bienvenus
  • Une bande-son surprenante
  • L'ergonomie sans faille
  • Un système de classement en ligne anecdotique
  • La manipulation des lignes délicate en fin de partie
Mi-homme, mi-Fuego, le Sergent Cule est un organisme vivant composé à 60% de Guinness, 40% de chips et 10% d'autres trucs divers un peu dégueus. Notre spécimen aime visionner Top Gear en slip, les LEGO et parfois écrire sur, au pif, les jeux vidéos.