NaissanceE

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Vous être perdue. Mais perdue où ? Au cœur de cette architecture monumentale aux lignes fortes et aux formes massives, les chemins qui s’y frayent sont longs. Longs et parsemés de phénomènes étranges, qui poussent soit à l’inquiétude douceâtre ou à l’ébahissement le plus total. Les murs bougent, se transforment et se brisent, de temps en temps tout ceci est vrai, certaines fois ce sont des illusions. Est-ce que tout est commandé par quelqu’un ? A moins que l’architecture elle-même ne possède réellement un semblant de conscience ? Mystère…

NaissanceE (dont nous avions déjà réalisé un aperçu), développé par Mavros Sedeño, alias Limasse Five, c’est un projet très personnel et qui a pris pied dans l’esprit de l’auteur il y a déjà longtemps. En effet, Mavros y pensait déjà en 2006, date à laquelle il a vu une vidéo de l’artiste Anouk De Clerq, un court-métrage expérimental intitulé Building. En 2007, il réalise un mod pour Farcry nommé Jeux d’Ombres, dans lequel il expérimente certains concepts sur la lumière, l’ombre, l’illusion et la manière d’utiliser toutes les nuances comprises entre le blanc et le noir. Jeux d’Ombres était d’ailleurs destiné à être le premier chapitre de NaissanceE mais finalement, Mavros pris la décision de stopper le développement pour se consacrer à d’autres activités professionnels comme son travail sur I am Alive ou son passage chez Crytek. D’autres expériences de jeu comme Portal l’aide également à modeler précisément le concept de NaissanceE et en 2010, il décide de s’investir complément dans le développement du jeu et ainsi concrétiser toutes ses idées.

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Vous comprenez donc que NaissanceE, ce n’est pas tellement un produit vidéo-ludique proposé à un consommateur, mais bien une sorte d’œuvre d’art interactive dans laquelle le joueur est invité à se promener, observer, réfléchir et apprécier. Il n’y a d’ailleurs pas de réelle histoire, on sait juste que vous êtes Lucy, et que vous êtes perdue. Le jeu commence alors que vous venez de dégringoler dans un trou, à la suite d’une course un peu rapide. Une fois vos esprits repris, à vous l’exploration. Car dans NaissanceE, c’est votre principal but. En vue à la première personne, vous allez passer par d’innombrables lieux dotés d’une architecture singulière, à l’esthétique sobre mais qui marque au premier coup d’œil, une sorte de cubisme des temps modernes. Tout est gigantesque, construit avec de gros blocs, soutenus à l’aide de piliers tout aussi massifs, qui plongent dans un plafond infini. L’ensemble de cette construction est baignée d’une lumière feutrée qui dessine de longue ombres aux lignes fines, créant des jeux de contrastes intéressants… C’est une expérience visuelle très spéciale et on finit par se perdre totalement dans la contemplation de cet univers, beau… mais aussi inconnu, préoccupant et quelques fois, traître.

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Traître, puisque dans NaissanceE, l’exploration n’est pas qu’une simple promenade de santé. Certains passages vous demanderont de mettre à l’épreuve votre habileté à vous mouvoir correctement à travers sauts, courses ou réflexes. À d’autres moments, il vous faudra réfléchir pour continuer d’avancer, Mavros disposant ça et là quelques puzzles bien pensés. Malgré certaines phases de plate-formes assez frustrantes car trop difficiles par rapport à l’esprit d’un jeu qui se veut contemplatif, l’ensemble reste simple, les énigmes ne sont pas spécialement compliquées et on évolue relativement vite. Néanmoins, certaines parties du jeu sont longuettes et on aurait aimé plus d’interactions avec cet environnement qu’on a envie de connaître, puisqu’il semble nous « parler » ou essayer de nous transmettre quelque chose.

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Mais y a-t-il vraiment quelque chose à comprendre ? À première vue, non. NaissanceE semble avoir été élaboré comme un voyage à travers un monde onirique, centré sur une ambiance unique exploitant un large éventail de tons compris entre le blanc et le noir. C’est un « jeu » qui favorise l’introspection et nous pousse à apprécier la façon dont la lumière joue avec les formes d’une architecture en apparence simple, et qui la rend finalement assez complexe. C’est un « tableau » dans lequel le spectateur est libre d’entrer pour y apprécier toute les subtilités et en tirer sa propre interprétation… mais dont il va falloir réussir à s’échapper.

L'avis de la Rédac

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« Comment créer un jeu génial, sans aucun gameplay ? », voici comment on pourrait résumer NaissanceE. En réalité, ce n'est pas vraiment un jeu, mais plutôt une œuvre interactive très personnelle. En jouant avec la lumière et les formes, Mavros Sedeño arrive à nous faire passer par un panel d’émotions variées, de l'étonnement à l'incompréhension, de l'appréhension à l’émerveillement. Si l'univers de NaissanceE est sombre et quelques fois inquiétant, il n'est jamais malsain mais amène au contraire à pousser encore plus loin l'exploration afin de savoir se qu'il se cache dans ces coins obscurs. Jouer à NaissanceE, c'est comme s’asseoir dans un musée et regarder un tableau d'art moderne : vous êtes seul devant cette œuvre, à vous d'y plonger totalement et d'en tirer votre propre interprétation, par rapport à ce que vous y vivrez.

Les Plus Les Moins
  • L'ambiance
  • La progression originale
  • Le plaisir de découverte
  • Assez vide
Je mange casual, je chie arcade, je dors indé.