Papers, please

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« Bonjour. Passeport et papiers du véhicule s’il vous plaît. – Tenez. – Et votre carte verte ? – Comment ça, quelle carte verte ? – Désolé, vous ne pouvez pas passer. » Si vous avez déjà eu ce genre de douloureuse conversation à un poste de frontière, vous savez de quoi je parle. Mais l’heure de la revanche a sonné avec Papers, please, un « thriller dystopique et documentaire » créé par Lucas Pope, qui frise le génie.

Nous sommes le 8 octobre 1982. L’Etat d’Arstotzka, sous domination communiste, sort de six années de guerre contre le pays voisin, la Kolechia, et a récupéré la moitié de la ville frontalière qui lui revenait de droit, Grestin. Vous recevez une lettre de félicitations : vous avez gagné à la loterie du travail mensuelle ! Votre travail commence immédiatement au poste de frontière de Grestin, tandis que votre famille et vous se voient attribuer un appartement non loin. Votre mission est très simple, au moins en apparence : en tant que garde-frontière, vous devez contrôler toutes les personnes désireuses de pénétrer en Arstotzka depuis le côté Kolechien de la ville. Vous serez confronté à toute sorte de gens : des immigrants, des travailleurs, des voyageurs en transit, mais également des espions, des contrebandiers, ou encore des terroristes. Mais ce ne sera pas si facile : en ces temps troublés, les consignes changent très vite. Ainsi, un jour tous les étrangers devront présenter un ticket, le lendemain ce sera une autorisation de séjour, un permis de travail, un signalement… Vous devrez donc vérifier très attentivement chaque document fourni par les migrants, sous peine de faire passer des personnes en infraction, ou de refuser l’entrée à d’autres personnes pourtant en règle. Pour vous aider, un certain nombre d’instruments sont mis à votre disposition : un système de recherche d’empreintes digitales, un scanner, un enregistreur… Et c’est ainsi que vous devenez, malgré vous,  la clé du destin de toute une population.

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Bien entendu, votre salaire fluctue selon le nombre de cas traités dans une journée. Il vous faudra donc être rapide, tout en ayant un sens aigu de l’observation. En effet, au bout de trois erreurs dans une même journée, vous recevrez une pénalité financière. Une fois le soir venu, vous devrez également gérer votre budget entre loyer, nourriture et chauffage pour toute la famille, sans compter les médicaments que vous aurez parfois à payer, sous peine de voir votre belle-mère trépasser (par exemple). Si vous réussissez à économiser quelques crédits, vous pourrez améliorer votre cabine (c’est à dire attribuer des touches du clavier à certaines fonctions, et améliorer votre rendement.)

D’autres événements ponctuels viendront rythmer vos parties, tels que des pots de vins que pourrez accepter ou refuser, des visites d’inspecteurs du travail ou de différents fonctionnaires plus ou moins véreux, etc., qui seront autant de facteurs de victoire ou de défaite. En effet, la partie se termine lorsque êtes en banqueroute, que vous ne pouvez plus assumer votre famille, ou que vous vous retrouvez en prison pour des raisons plus ou moins obscures. Au total, 20 scénarios de fin sont possibles.

Le gameplay est donc très simple : l’écran est divisé en trois parties : en haut il y a la file d’attente devant votre kiosque, qui ne désemplit pas, la frontière et les gardes. En dessous à gauche il y a votre guichet, là où les personnes déposent leurs papiers, que vous pouvez ensuite glisser dans la troisième partie en bas à droite, afin de les lire, et les comparer, entre eux et/ou avec le livret des règles. Lorsque vous vous apercevez d’une différence entre deux données, il vous faut les mettre en évidence grâce à un outil particulier à déclencher. Selon le résultat et l’interrogatoire, vous délivrerez  le fameux tampon rouge ou vert. Il vous faudra être très attentif à chaque détail !

Si vous réussissez à rester dans le jeu assez longtemps, le gouvernement vous confiera également la charge de surveiller la frontière et d’empêcher les clandestins de passer, en vous donnant l’accès (privilégié !) au fusil tranquillisant, et des bonus à chaque utilisation. Le gameplay est donc tout à fait évolutif, ce qui permet d’éviter au jeu d’être trop répétitif.

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Papers, please est donc beaucoup plus difficile qu’il n’en a l’air au premier abord, et vous procurera de nombreuses heures de prise de tête et de « Ah-mais-oui-j’suis-bête ! »

A noter qu’il existe un mode « endless » qui ne se débloque qu’une fois le mode « story » achevé avec succès

Le design du jeu est très rétro, en 16 bits, avec des couleurs très… soviétiques : du gris, du rouge sombre, du noir, rendant le jeu vraiment très réaliste. La bande-son est très simple elle aussi, voire quasiment inexistante pendant le jeu en lui-même, ce qui correspond finalement assez bien à l’ambiance voulue. Les bruitages sont très très basiques, peut-être un peu trop répétitif, si je devais formuler une petite critique ; il s’agit plus de bruits que de voix, qui finissent par être un peu lancinants.

La durée de vie de Papers, please est presque illimitée du fait de ses nombreux scénarios envisageables, et donc de sa grande rejouabilité, d’autant que les premières parties sont généralement courtes, le temps de prendre les bons réflexes et de comprendre tous les mécanismes.

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Le tout donne une expérience vidéo-ludique très réaliste et originale empreinte d’une bonne dose de cynisme et d’humour noir. Il n’est pas question dans Papers, please de jouer les nobles de cœur ou de secourir la veuve et l’orphelin : le mari a son permis de séjour mais pas sa femme ? Tant pis pour elle. (Enfin, vous pouvez toujours l’autoriser à passer, mais vous recevrez au mieux un avertissement, sinon une amende.) une femme se dit poursuivie par un dangereux malfaiteur qu’il faut absolument empêcher de passer ? S’il est en règle, il passera. Comme tout bon pays communiste, la corruption et les bakchichs font partie intégrante de la société, et donc du jeu. Mais veillez à ne pas trop en abuser non plus, ça finit par être un peu trop évident…

L’idée est donc vraiment excellente, et donne un bon aperçu des difficultés de la vie quotidienne dans un pays autoritaire, d’hier comme d’aujourd’hui. On aimerait voir de telles expériences plus souvent !

L'avis de la Rédac

7

Papers, please est un bon jeu. Mais il est avant tout une excellente idée, tant du point de vue du scénario que du gameplay. Si la plupart des joueurs n'y passeront pas plus de quelques heures, l'expérience vaut vraiment le coup d'être vécue, ne serait-ce que pour son originalité. Difficile de dire qu'on passe un "bon" moment, mais le challenge est vraiment là !

Les Plus Les Moins
  • Concept original
  • Bonne rejouabilité
  • Cynisme et humour noir
  • Graphismes un peu trop simplistes