Sunset

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Depuis la Belgique, le duo d’artistes Tale of Tales tente d’apporter une vision différente du jeu vidéo. Grâce à de nombreuses collaborations, cela s’est traduit par des jeux expérimentaux qui s’éloignent fortement des standards, avec par exemple The Path ou encore Luxuria Superbia qui proposent des expériences à part. Tout en restant fidèles à leurs inspirations artistiques, ils ont cherché à rendre leur dernière création, Sunset, plus accessible au commun des joueurs.

 

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Enfilez vos Crocs

L’Anchuria est un pays fictif d’Amérique du Sud, dirigé d’une main de fer par le dictateur Général Miraflores au début des années 1970. Le gouvernement autoritaire ayant décidé de fermer les frontières, et les États-Unis ne faisant rien pour lui faire face, Angela Burnes n’a d’autre choix que de devenir femme de ménage, malgré son diplôme d’ingénieure américaine. Elle va alors s’occuper d’un luxueux appartement pendant l’absence de son propriétaire, Gabriel Ortega. Le jeu n’est pas un simulateur de repassage, mais plutôt une expérience narrative à la manière de Gone Home : le joueur est mis dans la peau de Angela en une vue à la première personne. Il s’agira alors à chaque passage dans l’appartement (unique lieu que l’on verra) d’accomplir les tâches ménagères prévues mais aussi d’interagir avec certains objets pour influencer indirectement notre employeur. La prise en main est très simple puisqu’il suffit d’un clic pour effectuer une action qui se propose à l’écran, moyennant parfois une ellipse.

 

Des mots doux

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En fait, le jeu tourne autour des choix. Ce qui est noté sur la liste des choses à faire n’est souvent pas ce qu’il y a de plus important pour le développement de la narration, et on préférera aller fouiller dans les affaires de Monsieur Ortega. La liberté d’action est d’ailleurs bien moins large qu’attendu après les premières annonces du jeu, puisque la quantité d’objets avec lesquels on peut interagir est largement limitée par les besoins du scénario. Impossible par exemple d’ouvrir un tiroir pour chercher à l’intérieur, il faut se contenter de ce qui est déjà visible et à portée, même si l’endroit est suffisamment grand pour que l’on passe à côté de certains détails. Parfois, Sunset va nous exposer deux façons de faire face à un objet, en particulier avec les petits mots que laisse le propriétaire. Le ton avec lequel on va répondre fera alors évoluer la relation entre les deux protagonistes. L’idée est plutôt bonne et correspond bien au concept du jeu, mais elle est maladroitement réalisée parce que les choix sont manichéens et clairement distingués : l’option orange rapprochera Angela et Gabriel, tandis que la bleue encouragera plutôt l’indifférence.

 

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De l’histoire ou de l’art ?

L’influence de nos actions est également moins marquante sur l’histoire que ce que l’on espérait. Bien sûr, la fin de l’aventure en dépendra, mais les entrées du journal sont uniques et témoignent donc de la rigidité relative du scénario. Même si Sunset est une expérience narrative, ce n’est pas vraiment le destin des personnages qui est le plus intéressant, mais plutôt la description qui est faite de leur monde. Cela se fait en particulier à travers les réflexions de Angela, qu’elle couche sur papier dans un journal très bien écrit. Gabriel Ortega est un grand amoureux d’art, et son appartement se remplit au fil des semaines de nombreuses œuvres, dont on a parfois une analyse ou que l’on nous propose simplement d’admirer. C’est bien sûr un thème cher aux créateurs de chez Tale of Tales, et le jeu devient assez vite une ode à l’art sous de nombreuses formes, de la sculpture à l’architecture, de la littérature à la musique.

 

Le riche martyr

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On a également droit à une vision engagée de la politique et des rapports sociaux, puisque Angela assiste aux pressions exercées par la résistance à laquelle participe Gabriel. On l’écoute comparer la bonté du peuple d’Anchuria à l’égoïsme des américains ou se plaindre de la terreur qu’installe le Général Miraflores. On retrouve des idées récurrentes du studio, avec une célébration de la vie et du bonheur simple. Angela critique les doctrines capitalistes qui oublient l’importance de la liberté et de l’art en se basant sur ses souvenirs, et parle également de racisme et de discriminations en général. Son personnage est d’ailleurs inspiré par Angela Davis, une américaine qui s’est battue notamment pour les droits des femmes et des noirs. L’Amérique latine ayant été très marquée par les régimes autoritaires dans les années 1970 sous l’influence des États-Unis, ce sont donc des messages forts qu’ont décidé de transmettre Tale of Tales avec Sunset.

 

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Tu savoureras plus tard

Malheureusement, cette expérience intéressante est quelque peu entachée par des problèmes techniques, tout comme les précédentes productions du studio. L’optimisation est insuffisante, les bugs nombreux et la modélisation 3D nous ramène quelques années en arrière. C’est d’ailleurs bien dommage parce que les différentes oeuvres (originales) présentes dans le jeu auraient pu être bien plus jolies. Les lacunes techniques gênent parfois le gameplay, notamment avec les objets qui proposent deux interactions : cibler une partie de l’objet amène au choix orange, et une autre partie au choix bleu. Ces deux parties ne sont pas indiquées, et il nous arrive de passer plusieurs secondes à trouver l’autre option. Enfin, le plus gros défaut de Sunset est probablement la restriction de temps pour chaque passage chez Gabriel. Pour correspondre au postulat de départ (Angela s’occupe de l’appartement une heure par semaine), Tale of Tales ont en effet choisi de réellement les limiter à une heure (virtuelle, bien plus courte en réalité). Cela oblige le joueur à se presser s’il veut en voir le maximum, ce qui dessert grandement l’expérience. Il est ainsi impossible de remplir les objectifs, farfouiller en quête de détails intéressants et de lire l’entrée de journal du jour tout en profitant du calme du lieu.

L'avis de la Rédac

6

Difficile de juger un titre comme Sunset, qui cherche avant tout à explorer de nouvelles façons de raconter une histoire. Si la narration est effectivement intéressante puisqu'elle nous propose d'incarner un personnage secondaire, la technique d'un autre âge gêne l'immersion et les sessions limitées en temps désamorcent le plaisir de la découverte. Le contexte original et la mise en avant d'un sujet aussi inhabituel dans le jeu vidéo que l'art nous poussent tout de même à recommander Sunset aux curieux.

Les Plus Les Moins
  • Vivre l'histoire à travers un personnage secondaire
  • L'écriture
  • Le contexte peu commun
  • La présentation de l'art
  • Le rush forcé
  • Aspect technique douteux
  • Les choix trop manichéens
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